13.01.2006

Sans plus attendre

Elle est arrivée ce matin. Sibylle ne l'attendait plus. Comme chaque jour, elle a bu son café noir. Ni lait, ni sucre. Pas de chocolat non plus. La tendre douceur n'accompagne plus l'amertume du breuvage. Le café noir remplit l'estomac… Et l'esprit qu'il faut bien occuper. Elle a rangé la tasse au sommet du frigo où la vaisselle s'accumule lentement dans l'attente d'une pulsion ménagère. Quatre tasses côtoient trois bols. Un presque vide qui ne comble aucune absence. Juste un vide. Un zeste d'indifférence patiemment construite. Apathie.

La nuit a été de plomb. Depuis la fermeture de son livre, qu'elle lit distraitement chaque soir à compte pages, jusqu'à la sonnerie du réveil à six heures 22, ses paupière n'ont pas cillé. De ses rêves il ne reste rien. Quelque part, enfoui et flou, un vague à l'âme qu'elle nie avec un peu plus de talent chaque matin. Amertume.

Avant de fermer livre et yeux, elle a encore pleuré. Peu. L'habitude et le manque de ses bras, de sa force teintée de tendresse. Elle se couche plus tôt chaque soir, tente de se mettre en mode "off". Anesthésie.

Il y a eu quelques sanglots retenus, de petits sourires ébauchés pour ne pas inquiéter ses princesses à antennes. Ce soir-là, des sanglots moins profonds, des sourires plus vrais. Chaque jour une peine plus discrète. Ne pas la cultiver. Juste la respecter, l'observer avec indulgence. Et progressivement l'enfouir dans un recoin secret, bien scellé. Réclusion.

Les jours sont lents et lourds. Rythmés par les obligations. Tenir. Maternité, ménage, travail obligent. Tenir. Profiter des trajets en voiture pour lâcher les vannes. Pleurer, pleurer, pleurer. Tenir. Une litanie dans un corps éteint. La bile pour huiler les rouages. Le cœur sec. Les yeux brûlants. Tenir. Désespoir.

Les cris longs et désespérés, silencieux parfois, ont laissé la place au vide. Un nom, des centaines de pourquoi… Longtemps elle a attendu une lettre pour y trouver des réponses. Inutiles, sans doute. Un petit fil pour se raccrocher encore. L'envie d'appeler, de plaider, de supplier. Pathos.

Contre toute raison, longtemps Sibylle a attendu une lettre. Elle est arrivée ce matin.

Commentaires

Elle dit quoi, cette lettre ?

Va savoir pourquoi je n'en attends pas grand chose de bien, mais bon... lisons-là...

Non ?

Ecrit par : Peter | 13.01.2006

Oh, je pense que tu as raison, Peter. Je la lirai bientôt... Avec toi, si tu veux. Merci !

Ecrit par : Caro La vie en rose | 14.01.2006

très beau texte, analytique et sensible, vrai et poétique
je te reconnais bien là, ma belle

Ecrit par : salomé | 17.01.2006

Merci ma Salomé d'amour. Te lire ici me comble. Je sens une âme sensible vibrer avec la mienne.

Ecrit par : Caro La vie en rose | 17.01.2006

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