14.01.2006
Lettre à l'amer
J'en crève ! Je ne pensais pas que ce serait si dur. Ne plus te voir, ne plus t'entendre, ne plus te serrer dans mes bras.
Mais crève, seulement ! Que crois-tu ? Que je vais te plaindre ? Te consoler ? Et tes bras, tu t'imagines qu'ils me manquent ? Va te faire foutre, salaud !
Je sais que c'est moi qui ai choisi. Je n'ai pas eu le courage de quitter ma famille. Je voulais donner une dernière chance à mon mariage. Essayer encore une fois. Je suis désolé, Sibylle. Je sais que tu dois être très déçue. Je ne voulais pas te faire de mal.
Oh non, bien sûr. Tu n'as pas songé un instant que tu pourrais me faire mal. Mentir, c'est pas grave ! Tricher non plus. Faire des promesses et ne pas les tenir… Quelle importance ?! De toute façon, ce qui compte, c'est toi, non ? C'est pas ce que te répétait sans cesse ta psy ? "Songez d'abord à vous. A ce qui est le mieux pour vous". Même ta femme est une victime de ton incapacité à choisir, à assumer l'inévitable renoncement de tout choix. Tant pis pour elle si elle aime être ton yo-yo. Moi j'ai coupé le fil !
Nous allons chez la psy un samedi sur deux. Ma femme fait beaucoup d'efforts et est très gentille avec moi. Pourtant, nos rapports ne décollent pas. Je pense sans cesse à toi. Les week-ends sont interminables et je m'ennuie.
Ouais ouais ouais… C'est ce que tu m'as seriné pendant plus de deux ans. Tu radotes ! Mais tu es bien retourné au domicile conjugal parce qu'ELLE te manquait, non ? Alors, vous reconstruisez une belle histoire sur les ruines fumantes de quinze années de "bonheur" ? De toute façon, je m'en fous. Grand bien vous fasse.
Ma seule consolation est de voir que les enfants sont redevenus calmes et souriants. Enfin, calmes… Façon de parler. Ils font des bêtises, bien sûr. Ce sont des petits garçons turbulents, mais si gentils. Ils sont ma fierté. Tu les aurais aimés si tu les avais connus.
Sans doute. Et alors ? Qu'est-ce que ça change ? Les filles, elles, ne me parlent jamais de toi. Elles ont trop peur de me voir pleurer. T'as été très léger sur ce coup-là aussi.
Et toi ? M'as-tu déjà oublié ? Pas un mot de toi, pas un sms, pas un courriel… Avec quelle facilité tu m'as rayé de ta vie ! M'as-tu seulement jamais aimé ?
Connard !
Je t'aimais, moi, Sibylle. Comme un fou. Le sais-tu seulement ? J'en crève de ne pas avoir de tes nouvelles. Mais je ne suis pas pressé de ne plus souffrir, je ne suis pas pressé de t'oublier.
Moi, je m'y emploie de toutes mes forces, à t'oublier. Si je ne retiens qu'une chose, c'est la leçon que tu m'as infligée : Ne jamais s'aveugler obstinément, ne pas idéaliser. Merci… Et ciao !
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Commentaires
Oh la rage !
Bon hop. Faire une bolo. Démente.
Zont faim les filles !
Ecrit par : Peter | 14.01.2006
Oh ben, Peter, la bolo, c'est pas tous les week-ends, hein ! Je la prépare en grande quantité et je congèle l'excédent pour les fins de semaine en mode "flemme et bavardages" ;o)
Ecrit par : Caro La vie en rose | 14.01.2006
Vivre l'instant présent sans penser à demain...
Ecrit par : miriam | 15.01.2006
Congeler ?
Tu auras tout de même une petite pensée pour la portion de sauce qui bouillonnait d'impatience à l'idée de nourrir tes princesses et qui, sans savoir ce qui lui arrive ni pourquoi, se trouve, soudain, plongée dans le grand froid, dans le tout noir (quand on ferme le couvercle du congélateur, la lumière s'éteint) et dans un oubli dont rien ne lui promet qu'il sera provisoire ?
Promis ?
J'espère que tu parleras doucement à cette quantité excédentaire, que tu la rassureras un peu avant de la congeler, que tu la montreras (fièrement, car la confection d'une bonne bolo ne doit pas inspirer l'humilité !) aux filles qu'elle rêvait de rencontrer, en leur disant : Voici du bonheur à venir !
Est-ce se montrer excessivement soucieux du bonheur de la bolo, que de suggérer qu'elles posent trois baisers sur le récipient dans lequel l'excédent part vers son exil ?
Peut-être. D'un autre côté...
Peut-on se lècher les doigts, applaudir l'artiste ?
Peut-on manger des pâtes, nappées avec joie ?
Quand la sauce est triste ?
Ecrit par : Peter | 15.01.2006
Quant à la soupe, hein !
Ecrit par : miriam | 15.01.2006
Promis, Peter ! D'ailleurs, la bolo sait combien j'aime papoter pendant qu'elle mijote pour nous procurer une maximum de plaisirs culinaires. Et les princesses s'extasient si volontiers sur son fumet prometteur. Alors, avant de pénétrer dans l'antre sombre et réfrigérateur, sache, Peter, que la bolo signe un pacte avec mes princesses et moi. Rendez-vous a été pris pour ce soir ! ;o)
Miriam... J'adore l'instant présent... Et la soupe. Merci pour ton passage en ces pages !
BiZouX à vous, tendres amis.
Ecrit par : Caro La vie en rose | 15.01.2006
Oufti la tempête. Les ongles dans la chair. La bile dans la bouche. C'est ton texte le plus vrai. La claque. Les dents qui mordent et qui déchirent. J'aime moins les portraits de Sybille (si bile): ils sont narcissiques, masturbatoires. Mais ici c'est bien : un pieu dans le coeur. Puis, Peter qui vient avec ses mots doux tourner dans la bolo, en diluer l'amer, écarter la foudre et repousser les nuages... C'est beau aussi.
Ecrit par : Dominique | 16.01.2006
Oui, il est trop génial, Peter. Et toi aussi, ma Do. Tu as raison pour les Sibylle "narcissiques et masturbatoires". Je tente de la décrire en mosaïque, cette Sibylle. On verra ce que ça donne, avec le temps ;o)
Ecrit par : Caro La vie en rose | 16.01.2006
Tendresse, mesdames...
Pour se détacher du miroir, sans doute faut-il s'y perdre un peu (beaucoup) d'abord ?
Ce qu'on pensait de moi m'importait tellement, moi aussi ! Avant...
Et puis... et puis un jour j'ai découvert que je prêtais un pouvoir insensé aux autres en leur donnant le droit de me dire qui j'étais.
Le carnet n'a donc, à mes yeux, rien de narcissique ni de masturbatoire. C'est plutôt une étape sur la route. Une impasse dans laquelle on s'attarde et dont on revient parfois fâché en se disant : stop, suffit, assez, marre, fini.
Paradoxalement.
(Car ça n'a vraiment aucun sens, je sais...)
Paradoxalement, depuis que je me fiche royalement de ce qu'on peut penser de moi, depuis que je m'applique exclusivement à penser du bien des autres, d'être sensible à leur beauté, de m'étonner de leur talent, de les féliciter pour leur courage, de m'inspirer de leur bonté ou de leur noblesse, d'être touché par leur détresse, de m'enrichir de leur présence...
Par une magie à laquelle je ne comprends rien, depuis ce jour-là, je reçois tout plein de tendresse et parfois des éloges surprenants.
Etrangement, je suis plus libre que jamais de recevoir cette affection car je ne la considère plus comme une information sur mes mérites, mais comme un reflet du coeur et du regard de l'autre.
Du coup, je souris malgré moi en voyant toute cette mouvance du "s'aimer soi, d'abord", ce paroxysme de notre individualisme occidental qui se vend d'ailleurs comme des petits pains, à coup de livres ou de séminaires. Etre vrai, plutôt que gentil ? Pour quoi faire ? Et pourquoi ne pourrait-on pas être vraiment gentil ?
Tout ça pour dire que...
Nous avons le pouvoir insensé d'aimer les autres.
Nous ferait-il peur ?
Ecrit par : Peter | 17.01.2006
Oh, Peter, qu'il t'importe peu de savoir ce qu'on peut penser de toi ne m'empêchera pas de te dire merci de tant de vraie gentillesse - tendresse !
Oui, parfois, observer son reflet dans le miroir est une étape nécessaire pour apprendre à s'aimer, sans aveuglément ni complaisance, avec autant d'amour que celui qu'on ressent pour les êtres merveilleux qui nous entourent. Personnellement, j'ai la chance d'en connaître beaucoup, de ces êtres vraiment tendres et gentils. Qu'ils soient tous remerciés ici d'exister, tout simplement !
Ecrit par : Caro (La vie en rose) | 17.01.2006
c'est bon de savoir qu'ON LEUR SERT de marche pied pour améliorer un couple qui battait de l'aile
c'est ça venir de Mars, qu'ils y restent!!!
Ecrit par : salomé | 17.01.2006
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