21.02.2006
Fêlé
Fêlé, je le décrirais comme fêlé. Pas un foldingue, ni même un doux dingue. Non, tout simplement fêlé. De ses fêlures suinte une colère sourde, inexpliquée, sinon inexplicable.
Lorsque je l'ai connu, il y a quelque vingt ans, il en avait dix-sept, moi seize. A l'époque, toute préoccupée de mon nombril, je n'avais pas remarqué cette colère. En fait, je le trouvais même enjoué, séducteur. Il l'est toujours d'ailleurs. Séducteur. J'aimais qu'il m'aime, qu'il me regarde intensément, comme s'il voulait m'absorber. Dans ses yeux gris vert, je me découvrais femme, alors que je n'étais qu'une gamine.
A l'époque donc, je le décrivais comme nihiliste. Je n'avais pas détecté la colère. Je ne voyais que de la provocation. Lui se disait anarchiste. Moi je n'aimais pas cette anarchie érigée en règle, en système.
Aujourd'hui, les fêlures sont plus profondes, plus apparentes. Ou alors, est-ce moi qui suis moins candide ? Elles suintent toujours de colère. Elles éloignent ses amis, sa famille.
A présent je sais. Je connais l'explication, l'origine de ces fêlures, de ses fêlures. Il y a trente ans environ, un coup de feu les a gravées à jamais. En explosant la tête de son père, la balle a tracé les sillons de la colère. Depuis, ils suintent.
21:59 Publié dans Croqueur-croqueuse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
06.02.2006
Tuer le prince ?
Il est revenu. C'était écrit. Prévisible. Tout le monde l'aurait parié. Sibylle avait dit Plus jamais ! Qu'il aille se faire foutre ! Cet idiot ne me mérite pas ! Qu'il retourne à ses peurs, ses frustrations… Sa femme. Et, surtout, qu'il me fiche la paix ! Je ne répondrai à aucun de ses messages. Ni courriels, ni sms, ni appels téléphoniques. Silence ! Tout ça avec rage, désespoir et points d'exclamation.
Et il est revenu. Envoyant des sms d'amour, de désespoir, des messages méchants et revanchards, parfois, histoire de la faire réagir. Elle a résisté… Un peu. Quand la provocation était trop grande. Elle a résisté. Si peu. Elle l'aime.
Elle l'aime, Sibylle. Et elle se laisse glisser à nouveau, avec langueur, dans ce doux besoin d'idéaliser. Elle l'aime, aussi "imparfait" soit-il. Elle a découvert quelques principes d'amour zen, Sibylle. Alors, elle s'y essaye. Pourquoi s'entêter à le décrire comme puéril, couard et égoïste ? Peut-on changer les autres ? N'est-ce pas vain et illusoire de le tenter ? Une maxime zen propose de chercher ce que l'on n'aime pas de soi-même dans l'autre. Et elle y songe, sans arrêt. Serait-elle, elle aussi, puérile, lâche et égoïste ?
Peu importe, en fait. Elle l'aime. Chaque instant passé en sa compagnie est délicieux de rires, de conversations chuchotées. Badines, sérieuses, philosophiques ou amoureuses. Chaque moment est magique. Et c'est ça aussi, être zen. Goûter, ici et maintenant, les joies de l'instant. Et s'il est magique au sens féerique du terme, elle ne se précipitera pas pour "tuer le prince", Sibylle. Elle aime tant se sentir fée dans ses bras !
23:33 Publié dans Couleur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.01.2006
Résolution
Elle a connu des sommets de souffrance, Sibylle. Ce n'est pas la première fois. Ni la dernière, sans doute. Chaque fois pourtant, la douleur fraîche semble plus vive que celle qui a précédé. Et pourtant, elle sait bien, Sibylle, que tout va en s'estompant.
Mais là, elle est devant un choix. S'y complaire, s'y vautrer. S'en faire un joli petit costume qui lui donnera un air mystérieux… Et oublier que la vie est rose. Traîner partout son blues et sa tristesse. Seriner auprès de ses amis la rengaine du manque de ses bras, l'humiliation cuisante de mensonge et de la traîtrise. Se plaindre sans cesse et finir par ennuyer tout le monde.
Allons donc, est-ce bien sérieux ? Est-ce sa destinée ? Pourquoi s'enfermer dans le malheur quand on a du talent pour le bonheur ? Allez, du nerf, tourner la page. Demain !
21:45 Publié dans Pâleur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

