05.05.2008

Petit pays

Il y a un petit pays. Que l’on dit plat. Que l’on dit gentil.
Il y a un petit pays, où les gens sont, paraît-il, si gentils.
Il y a un petit pays, dont les compagnies aériennes sont convoitées,
Où les vols de nuit font grand bruits.
Et dans ce petit pays si gentil. Dans ce petit pays si joli,
Il y a aussi,
Ces sans papiers,
Ces expulsés,
Ces déportés,
Ces étouffés…
Dans ce petit pays si joli,
Ce petit pays si gentil,
On n’aime pas entendre crier,
Revendiquer,
Exiger,
Pas non plus supplier,
Demander, Espérer…
Le respect ne va pas de soi.
N’est pas le roi qui croit.
Solidarité,
Respectabilité,
Altérité,
Sincérité,
On pourrait croire des slogans.
Comme… Au hasard…
« L’Afrique, vous y seriez déjà »
Ne mettons pas de gants,
Avec l’ex-Sabena
Jouons à qui perd gagne
Et devenons publicitaires
À notre tour brandissons
D’accortes propositions
« Tout confort, oreiller compris »
A déjà suggéré mon amie
« Prix étouffés »
A-t-elle également inventé.
Soyons fous, soyons créatifs.
Mais surtout, ne restons pas passifs !

Pour en savoir plus sur ce qui m'a inspiré ces mots - maux :
http://www.liguedh.be/web/Press_Commuique.asp

08.11.2007

Madame

Madame, je vous rends votre mari
C'est sûr, il m'a fort bien servie
Mais c'est connu tout a une fin
Chez vous il revient dès demain

Peut-être le verrez vous changé
N'en soyez pas trop effrayée
De la chair il sait les plaisirs
Apprenez à le faire jouir

Le déniaiser certes fut aisé
Depuis, il ne pense qu'aux baisers
Que ma bouche humide et gourmande
Posait partout afin qu'il bande

Le lécher, le mordre, le sucer
M'ont procuré félicité
Et des caresses il est expert
De loin le meilleur des desserts

Madame, je vous rends votre mari
De grâce prenez bien soin de lui
J'ai adoré combler sa faim
Je vous laisse désormais ce soin

13.01.2006

Sans plus attendre

Elle est arrivée ce matin. Sibylle ne l'attendait plus. Comme chaque jour, elle a bu son café noir. Ni lait, ni sucre. Pas de chocolat non plus. La tendre douceur n'accompagne plus l'amertume du breuvage. Le café noir remplit l'estomac… Et l'esprit qu'il faut bien occuper. Elle a rangé la tasse au sommet du frigo où la vaisselle s'accumule lentement dans l'attente d'une pulsion ménagère. Quatre tasses côtoient trois bols. Un presque vide qui ne comble aucune absence. Juste un vide. Un zeste d'indifférence patiemment construite. Apathie.

La nuit a été de plomb. Depuis la fermeture de son livre, qu'elle lit distraitement chaque soir à compte pages, jusqu'à la sonnerie du réveil à six heures 22, ses paupière n'ont pas cillé. De ses rêves il ne reste rien. Quelque part, enfoui et flou, un vague à l'âme qu'elle nie avec un peu plus de talent chaque matin. Amertume.

Avant de fermer livre et yeux, elle a encore pleuré. Peu. L'habitude et le manque de ses bras, de sa force teintée de tendresse. Elle se couche plus tôt chaque soir, tente de se mettre en mode "off". Anesthésie.

Il y a eu quelques sanglots retenus, de petits sourires ébauchés pour ne pas inquiéter ses princesses à antennes. Ce soir-là, des sanglots moins profonds, des sourires plus vrais. Chaque jour une peine plus discrète. Ne pas la cultiver. Juste la respecter, l'observer avec indulgence. Et progressivement l'enfouir dans un recoin secret, bien scellé. Réclusion.

Les jours sont lents et lourds. Rythmés par les obligations. Tenir. Maternité, ménage, travail obligent. Tenir. Profiter des trajets en voiture pour lâcher les vannes. Pleurer, pleurer, pleurer. Tenir. Une litanie dans un corps éteint. La bile pour huiler les rouages. Le cœur sec. Les yeux brûlants. Tenir. Désespoir.

Les cris longs et désespérés, silencieux parfois, ont laissé la place au vide. Un nom, des centaines de pourquoi… Longtemps elle a attendu une lettre pour y trouver des réponses. Inutiles, sans doute. Un petit fil pour se raccrocher encore. L'envie d'appeler, de plaider, de supplier. Pathos.

Contre toute raison, longtemps Sibylle a attendu une lettre. Elle est arrivée ce matin.